Les missions du poste

Établissement : Université de Picardie - Jules Verne École doctorale : Sciences Humaines et Sociales Laboratoire de recherche : CRP-CPO Centre de Recherche en Psychologie : Cognition, Psychisme et Organisations Direction de la thèse : Aymeric PARANT ORCID 0000000309930661 Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-05-20T23:59:59 Ce projet doctoral vise à étudier les conséquences cognitives des switchs identitaires - le processus par lequel les individus activent différentes identités sociales selon les contextes - sur la transférabilité des connaissances et compétences chez les étudiants universitaires, en particulier ceux en situation de handicap. L'hypothèse centrale postule que les switchs identitaires créent des contextes psychologiques distincts pouvant compartimenter les processus cognitifs, limitant ainsi le transfert des apprentissages entre les cadres identitaires étudiant et professionnel. Trois études expérimentales seront conduites : la première démontrera la compartimentalisation des processus mnésiques via l'induction de switchs identitaires ; la deuxième testera ces effets spécifiquement entre identités étudiante et professionnelle chez des étudiants avec et sans handicap ; la troisième manipulera la proximité perçue entre ces identités pour atténuer les effets négatifs observés. La transition entre le monde universitaire et le monde professionnel constitue un enjeu majeur pour l'enseignement supérieur français. Malgré des formations de qualité, un constat récurrent émerge : les compétences développées en contexte académique peinent souvent à être mobilisées en situation professionnelle. Ce phénomène, traditionnellement expliqué par des facteurs pédagogiques ou organisationnels, pourrait trouver une explication complémentaire dans les processus de cognition sociale, et plus particulièrement dans le concept de switch identitaire.La théorie de l'auto-catégorisation (Turner & Reynolds, 2011) postule que les individus activent sélectivement différentes identités sociales en fonction de leur accessibilité cognitive et de leur pertinence contextuelle. Des travaux récents (Zinn et al., 2022) ont démontré la rapidité et le caractère quasi-automatique de ces switchs identitaires. Or, ces transitions pourraient ne pas être sans conséquences sur le plan cognitif. Le Multiple Self-Aspects Framework (McConnell, 2011) suggère que chaque aspect de soi fonctionne comme une structure organisationnelle distincte, avec ses propres attributs, souvenirs et tendances comportementales associés. Lorsqu'un aspect particulier du soi est activé par des indices contextuels, il crée un cadre cognitif distinct qui influence le traitement de l'information, l'accessibilité mnésique et le comportement.

Notre proposition théorique centrale est que le switch identitaire ne constitue pas simplement un changement d'attitude ou de perception, mais un véritable changement de contexte psychologique. Dans cette perspective, les connaissances et compétences développées dans le cadre d'une identité sociale donnée (par exemple, l'identité étudiante) pourraient être moins accessibles lorsqu'une autre identité est activée (par exemple, l'identité professionnelle). Ce phénomène de compartimentalisation cognitive liée à l'identité pourrait expliquer partiellement pourquoi les apprentissages universitaires ne se transfèrent pas toujours efficacement vers les contextes professionnels.

Cette problématique revêt une importance particulière pour les étudiants en situation de handicap. Ces étudiants cumulent potentiellement plusieurs identités saillantes - étudiant, personne en situation de handicap, futur professionnel - dont les transitions pourraient générer des effets de compartimentalisation plus marqués. Par ailleurs, les stéréotypes et stigmates associés au handicap dans le monde professionnel (Louvet & Rohmer, 2016) pourraient accentuer la discontinuité perçue entre les identités étudiante et professionnelle, renforçant ainsi les barrières cognitives au transfert de compétences.

D'un point de vue économique et sociétal, cette recherche répond à des enjeux majeurs. L'insertion professionnelle des personnes en situation de handicap reste un défi considérable : en France, leur taux de chômage est environ deux fois supérieur à celui de la population générale. Comprendre les mécanismes psychologiques pouvant entraver la transition études-emploi pour cette population permettrait de concevoir des interventions ciblées favorisant une meilleure transférabilité des compétences et, in fine, une meilleure inclusion professionnelle. Objectif général : Démontrer expérimentalement que les switchs identitaires créent des barrières cognitives à la transférabilité des connaissances et compétences chez les étudiants, et identifier des leviers permettant d'atténuer ces effets, avec une attention particulière portée aux étudiants en situation de handicap.

Objectif 1 - Étude 1 : Démontrer la compartimentalisation des processus mnésiques via l'induction d'un switch identitaire

Objectif 2 - Étude 2 : Tester la compartimentalisation entre identités étudiante et professionnelle chez des étudiants avec et sans handicap

Objectif 3 - Étude 3 : Manipuler la proximité perçue entre identités pour atténuer les effets de compartimentalisation Étude 1 : Cette première étude vise à établir expérimentalement que l'activation d'une identité différente entre la phase d'encodage et la phase de rappel affecte négativement les performances mnésiques. Des étudiants (N = 200) seront assignés aléatoirement à une condition expérimentale (switch identitaire entre encodage et rappel) ou contrôle (maintien de la même identité). L'induction identitaire utilisera des tâches de visualisation guidée et d'écriture validées dans la littérature (Zinn et al., 2022). Les résultats attendus sont une diminution significative des performances de rappel dans la condition switch, démontrant ainsi le phénomène de compartimentalisation cognitive.

Étude 2 : Cette étude appliquera le paradigme développé lors de l'étude 1 aux identités spécifiquement pertinentes pour la transition université-emploi. Quatre groupes seront comparés selon un plan factoriel 2 (switch vs. non-switch) × 2 (étudiants en situation de handicap vs. étudiants ordinaires). L'hypothèse centrale postule que les effets de compartimentalisation seront plus prononcés chez les étudiants en situation de handicap en raison de la plus grande discontinuité perçue entre leurs identités étudiante et professionnelle. Les tâches cognitives évalueront à la fois la mémoire épisodique et le transfert de compétences procédurales (résolution de problèmes appris).

Étude 3 : Cette dernière étude testera une intervention visant à réduire les effets négatifs observés. L'hypothèse est que la manipulation de la proximité perçue entre les identités étudiante et professionnelle - par exemple via des tâches de réflexion sur les liens et continuités entre ces identités - permettra d'atténuer les effets de compartimentalisation. Un design à trois groupes (contrôle, switch sans intervention, switch avec intervention de proximité identitaire) permettra de tester cette hypothèse.

Le profil recherché

Master en Psychologie Sociale ou Psychologie Expérimentale.
Le titre de psychologue serait un plus.

Le candidat ou la candidate devra faire preuve de bonnes compétences d'analyse de la littérature scientifique internationale et d'un appétence pour la mise en place de protocoles de recherche rigoureux basés sur la preuve. De plus, il devra être en mesure de développer des compétences poussées d'analyse de données. S'il n'est pas exigé, un investissement préalable dans des projets de recherche en psychologie sociale serait un plus. Toute expérience professionnelle ou associative auprès de personnes en situation de handicap serait valorisée.

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