Thèse Assiégeants et Assiégés Enquête Historique Archéologique et Expérimentale sur la Première Catapulte et les Contre-Mesures Défensives Sicile Fin du Ve·ive S. Av. J.-C. H/F - Doctorat.Gouv.Fr
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Les missions du poste
Établissement : Université de Picardie - Jules Verne École doctorale : Sciences Humaines et Sociales Laboratoire de recherche : TRAME Unité de recherche Texte, Représentations, archéologie, Autorité et Mémoire de l'antiquité à la renaissance Direction de la thèse : Michela COSTANZI Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-05-24T23:59:59 Cette thèse d'histoire et d'archéologie anciennes analyse la catapulte attribuée aux ingénieurs de Syracuse sous Denys Ier (405-367 av. J.-C.) comme un observatoire privilégié de l'innovation militaire en contexte de crise, afin de comprendre comment une capacité de tir devient opératoire - en termes de ressources, d'organisation, de maintenance et de sécurité - et comment elle transforme la guerre de siège. Le point de départ est la prise de Motyé en 397 av. J.-C., dans le cadre des conflits gréco-puniques qui opposent Grecs et Puniques dans l'île. Le cadre chronologique est ensuite étendu à l'ensemble du IVe siècle, afin de suivre l'adoption et la stabilisation de ces solutions techniques, ainsi que les premières dynamiques d'« action / réaction » qu'elles suscitent, qu'il s'agisse des usages tactiques plausibles, des contre-mesures défensives, des ajustements apportés aux fortifications ou encore d'un possible emploi défensif de l'artillerie. La méthode croise en continu les sources textuelles (historiographie et traités), les données archéologiques et topographiques, ainsi qu'une reconstruction expérimentale progressive fondée sur un inventaire critique, la réalisation de prototypes et des tests contrôlés, appliqués à deux dossiers fortifiés majeurs : Syracuse (Épipoles / Euryale) et la Sicile occidentale punique (Motyé, Lilybée). Ce travail pourra également s'appuyer sur des reconstitutions 3D développées en collaboration avec le laboratoire MIS et la SFR Humanités numériques de l'UPJV, afin de modéliser plus finement les dispositifs étudiés, de tester certaines hypothèses spatiales et de renforcer les modalités de restitution scientifique. Un volet de réception technique mobilisera en outre les développements hellénistiques et romains dans une perspective de comparaison rétroactive contrôlée. Des compétences spécifiques seront acquises grâce à des échanges scientifiques et à des séjours de travail auprès des universités partenaires, qui prendront en charge les frais de séjour du doctorant, notamment auprès de Fernando Quesada Sanz à l'Universidad Autónoma de Madrid et de Christoph Schäfer à l'Universität Trier. Des missions en Sicile, en particulier à Catane, auprès de Luigi Maria Caliò, mais aussi à Naples, auprès de Rodolfo Brancato à l'Università Federico II, et à Palerme, auprès d'Elisa Chiara Portale, viendront en parallèle consolider le dossier matériel. Enfin, dans une perspective de diffusion des savoirs, ce projet s'inscrit en cohérence avec le CPER ANAMORPHOSE (« Le patrimoine sous le territoire, le territoire sous le patrimoine »), en ce qu'il interroge la manière dont les dispositifs militaires façonnent les territoires, contribuent à leur organisation et produisent des formes durables de patrimonialisation. Par son articulation entre enquête historique, archéologie expérimentale, reconstitutions et médiation, il participe aussi à l'ambition d'ANAMORPHOSE de « faire voir » des patrimoines difficiles, peu visibles ou négligés. Dans ce cadre, des présentations comparatives mettant en regard les résultats de la recherche avec les patrimoines militaires des Hauts-de-France pourront être envisagées, notamment à Amiens et dans l'environnement du campus de la Citadelle, afin d'ouvrir un dialogue entre vestiges, techniques de défense et transmission des savoirs auprès de publics variés. Cette thèse entend ainsi combler un déficit entre récits, vestiges et reconstructions, en proposant une évaluation rigoureuse et argumentée des scénarios possibles. La recherche s'inscrit dans un champ historiographique déjà riche, mais encore marqué par un décalage important entre plusieurs traditions d'étude. D'un côté, la Sicile de Denys Ier a fait l'objet de nombreux travaux portant sur la tyrannie, la guerre, les mercenaires et les rapports de pouvoir dans l'Occident grec. De l'autre, l'histoire des engins de siège et de l'artillerie antique constitue un domaine spécifique, nourri par l'histoire militaire et l'histoire des techniques, où la question des origines de la catapulte reste discutée. Enfin, les recherches sur les fortifications antiques, en Sicile orientale comme occidentale, ont considérablement progressé, mais sans toujours être articulées de manière fine à la question de l'apparition de l'artillerie.
Dans cet ensemble, la catapulte attribuée à Syracuse sous Denys Ier est souvent évoquée comme un épisode marquant, mais rarement traitée comme un objet d'enquête à part entière, croisant sources, contraintes matérielles et expérimentation critique. Le projet entend précisément combler ce vide, en restituant la matérialité technique de l'innovation, ses conditions d'emploi, ses limites et ses effets sur les rapports entre attaque et défense. Il s'inscrit ainsi pleinement dans les problématiques de l'unité TrAme, en articulant espaces, pouvoirs et matérialité autour d'un objet technique saisi dans son contexte historique. L'objectif principal de la thèse est de réévaluer la catapulte dite « dionysienne » non comme une invention abstraite ou déjà stabilisée, mais comme une innovation technique dont il faut restituer les conditions concrètes d'apparition, de faisabilité et d'usage. Il s'agira d'abord de déterminer ce qui est techniquement et historiquement plausible pour les premières formes d'artillerie de trait attribuées à Syracuse. La recherche entend ensuite évaluer les effets de cette capacité de tir sur la conduite du siège, en mesurant ses implications tactiques, logistiques et opérationnelles. Elle vise également à examiner les réponses défensives suscitées par cette innovation, qu'il s'agisse de contremesures ponctuelles ou d'adaptations plus durables des dispositifs fortifiés, en particulier dans les contextes puniques de Sicile occidentale et dans les fortifications syracusaines. Enfin, la thèse cherchera à replacer cette innovation dans une temporalité plus longue, en suivant ses premières transformations jusqu'au milieu du IVe siècle av. J.-C. et en mobilisant, avec prudence, les développements hellénistiques et romains comme point de comparaison rétroactive contrôlée. La méthode repose sur une 'triangulation' constante entre trois ensembles de données : les sources textuelles, les données archéologiques et la reconstruction expérimentale. Les sources littéraires, en particulier Diodore et les traités techniques plus tardifs, seront étudiées de manière critique afin d'identifier le vocabulaire, les contraintes implicites, les usages envisagés et les risques de rétroprojection. Les données archéologiques et topographiques permettront de replacer l'innovation dans des contextes spatiaux concrets, en tenant compte de la configuration des sites, des accès, des secteurs vulnérables et des logiques défensives observables dans les fortifications de Motyé, Lilybée, Syracuse, Épipoles et Euryale.
À cet ensemble s'ajoutera un volet de reconstruction archéo-expérimentale conduit de manière progressive, documentée et critique. Il comprendra un inventaire raisonné des reconstitutions existantes, la mise au point de prototypes préliminaires, puis des tests contrôlés destinés à évaluer la stabilité, l'armement, l'usure, la maintenance, la répétabilité des gestes et les limites de fonctionnement. L'objectif n'est pas de démontrer un modèle unique, mais de restreindre le champ des possibles et de qualifier différents scénarios plausibles. Cette démarche sera complétée par des reconstitutions 3D, développées en lien avec le laboratoire MIS et la SFR Humanités numériques de l'UPJV, afin de modéliser certains dispositifs, de tester des hypothèses spatiales et de renforcer les modalités de restitution scientifique.
Le profil recherché
Le projet s'adresse à un candidat ou une candidate disposant d'une solide formation en histoire ancienne, archéologie classique ou archéologie des mondes grec et romain, avec un intérêt marqué pour l'histoire militaire antique, la poliorcétique, les fortifications et, plus largement, l'étude des interactions entre techniques, espaces et pouvoirs.
Sont particulièrement attendues :
une bonne capacité d'analyse des sources textuelles anciennes et de la bibliographie scientifique ;
une familiarité avec les méthodes de l'enquête historique et archéologique ;
un intérêt pour la matérialité des objets techniques et pour les approches croisées entre textes, vestiges et topographie ;
une aptitude à travailler de manière rigoureuse, autonome et progressive dans un projet de longue durée ;
de bonnes capacités de rédaction scientifique en français.
Seront également appréciées :
une connaissance du monde grec occidental et/ou de la Sicile antique ;
un intérêt pour l'archéologie expérimentale ou pour l'histoire des techniques ;
une expérience de terrain en archéologie, sur un site sicilien ;
une capacité à évoluer dans un environnement international et à mener des échanges scientifiques en anglais ; la connaissance de l'italien constituera un atout important, compte tenu du terrain et des partenariats du projet ;
une familiarité, même partielle, avec des outils de modélisation, de restitution 3D ou de traitement spatial, qui pourra être développée dans le cadre de la thèse.
Le ou la doctorant(e) devra enfin être en mesure de s'inscrire dans un travail collectif, de dialoguer avec des partenaires extérieurs et de participer à des mobilités scientifiques en France et à l'étranger.