Thèse Extrême Prématurité Décision Médicale et Narration Parentale Expérience Subjective et Reconfigurations Identitaires au Sein du Dispositif Néonatal Contemporain H/F - Doctorat.Gouv.Fr
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Les missions du poste
Établissement : Université de Picardie - Jules Verne École doctorale : Sciences Humaines et Sociales Laboratoire de recherche : CHSSC Centre d'Histoire des Sociétés, des Sciences et des Conflits Direction de la thèse : Mayssa EL HUSSEINI ORCID 0000000270342087 Début de la thèse : 2026-10-01 Date limite de candidature : 2026-06-10T23:59:59 L'amélioration des techniques de réanimation néonatale a déplacé le seuil de viabilité et transformé en profondeur les pratiques médicales au moment de la naissance. L'extrême prématurité (22-26 SA) constitue aujourd'hui un espace de décision clinique hautement protocolisé, où s'articulent expertise biomédicale, collégialité et implication parentale.
Cette thèse propose une analyse qualitative du vécu des parents dont l'enfant a été pris en charge selon le protocole EXPRIM à la maternité Port Royal. À partir d'entretiens semi-directifs analysés selon l'Interpretative Phenomenological Analysis (IPA), elle étudie la manière dont les parents mettent en récit cette expérience, élaborent la décision médicale, et construisent leur parentalité dans un contexte marqué par l'incertitude vitale.
Le projet interroge les mutations contemporaines de la clinique au prisme de la narration en médecine, ainsi que les reconfigurations identitaires et familiales induites par une naissance au seuil de viabilité. Il analyse également la dimension culturelle de l'expérience parentale, en examinant les représentations de la prématurité et leur articulation aux normes hospitalières.
Cette recherche contribue à une réflexion épistémologique sur la médicalisation de la naissance et à une meilleure compréhension des effets subjectifs des dispositifs contemporains de soin.
Au cours des dernières décennies, les progrès en réanimation néonatale ont profondément modifié le seuil de viabilité des nouveau-nés extrêmement prématurés, permettant aujourd'hui des prises en charge actives dès 23 semaines d'aménorrhée. Ces situations, qui concernent environ 0,4 % des naissances en France, s'accompagnent toutefois d'un risque élevé de mortalité, de morbidité sévère et de séquelles à long terme. Dans ce contexte, les pratiques cliniques restent marquées par une hétérogénéité importante entre services, tant en termes de stratégies de prise en charge que de modalités d'accompagnement des familles.
La maternité Port-Royal occupe une place singulière dans ce paysage, notamment à travers le développement du protocole EXPRIM (EXtrem PRematurity Innovative Management), qui propose depuis 2016 une approche innovante de la décision médicale en situation d'extrême prématurité (22-26 SA). Ce protocole repose sur une évaluation plurifactorielle de la situation périnatale, dépassant le seul critère de l'âge gestationnel, et s'appuie sur une prise de décision collégiale impliquant les différents professionnels de santé. Il intègre également les parents comme acteurs du processus décisionnel, en les associant à des choix complexes concernant la mise en place de soins actifs ou palliatifs dans un contexte de semi-urgence.
Ces évolutions s'inscrivent dans un mouvement plus large de transformation des modèles de soin en néonatologie, marqué par le développement d'approches centrées sur la famille, telles que le programme NIDCAP®, qui reconnaissent les parents comme partenaires et co-régulateurs du développement de l'enfant. Si les bénéfices de cette implication parentale sont aujourd'hui largement documentés, ses effets subjectifs dans des situations d'extrême prématurité, caractérisées par une forte incertitude vitale et décisionnelle, restent encore peu explorés.
Dans cette perspective, plusieurs questions émergent quant à l'expérience parentale : comment les parents reçoivent-ils, comprennent-ils et élaborent-ils les informations médicales qui leur sont transmises ? Comment s'approprient-ils leur implication dans la décision, et quels en sont les effets psychiques, notamment en termes de culpabilité, de responsabilité ou de remaniements du lien à l'enfant ? Dans quelle mesure ces expériences participent-elles à des processus potentiellement traumatiques, ou au contraire à des formes d'élaboration et de subjectivation ?
Par ailleurs, la dimension culturelle constitue un enjeu central dans la compréhension de ces expériences. Les données épidémiologiques montrent une surreprésentation des situations de prématurité et de complications néonatales dans certaines populations issues de minorités culturelles, en lien avec des facteurs multiples (accès aux soins, conditions socioéconomiques, barrières linguistiques, représentations du suivi de grossesse). Au-delà de ces déterminants, la naissance prématurée s'inscrit dans des systèmes de représentations culturellement situés, qui influencent les significations attribuées à l'événement, les modalités d'adhésion aux soins et les dynamiques familiales.
Sur le plan clinique, l'extrême prématurité constitue une rupture majeure dans les processus attendus de la naissance, tant sur le plan corporel que symbolique. La séparation précoce, l'hospitalisation en réanimation néonatale et la médiation technologique viennent profondément transformer les modalités de rencontre avec l'enfant et les rituels de naissance, souvent en décalage avec les attentes culturelles et familiales. Cette situation mobilise des processus de sidération, de désorganisation et de réaménagement psychique, qui nécessitent des formes spécifiques d'accompagnement.
Dans ce cadre, le présent projet s'inscrit à l'interface de la psychologie clinique, de la périnatalité et des approches transculturelles. Il vise à explorer, à partir des récits parentaux, les modalités d'élaboration de l'expérience de l'extrême prématurité, en articulant les dimensions médicales, subjectives et culturelles. Il entend ainsi contribuer à une meilleure compréhension des effets psychiques des dispositifs contemporains de soin en néonatologie, ainsi qu'à une réflexion sur les pratiques d'accompagnement des familles dans ces contextes hautement complexes. Objectif principal: Explorer l'expérience subjective des parents d'enfants nés entre 22 et 26 SA pris en charge selon le protocole EXPRIM, en analysant la manière dont ils mettent en récit leur parcours de soin et élaborent la décision médicale.
Objectifs secondaires
- Analyser les remaniements identitaires liés à l'entrée dans la parentalité au seuil de viabilité.
- Étudier les effets psychiques et traumatiques de la participation à la décision médicale.
- Explorer les représentations culturelles de l'extrême prématurité et leur articulation aux normes hospitalières.
- Examiner la place du dispositif néonatal comme espace social structurant l'expérience parentale.
Ce projet repose sur une démarche qualitative visant à explorer en profondeur l'expérience subjective des parents d'enfants nés en situation d'extrême prématurité et pris en charge selon le protocole EXPRIM à la maternité Port-Royal.
Le recueil des données s'appuiera sur la conduite d'entretiens semi-directifs approfondis, permettant d'accéder à la manière dont les parents mettent en récit cette expérience, élaborent la décision médicale et construisent leur parentalité dans un contexte marqué par l'incertitude vitale. L'échantillon, volontairement restreint et homogène, sera constitué selon les principes de la recherche qualitative idiographique, afin de privilégier une analyse fine des trajectoires individuelles.
Les entretiens feront l'objet d'une retranscription intégrale et seront analysés selon l'Analyse Phénoménologique Interprétative (Interpretative Phenomenological Analysis, IPA). Cette approche méthodologique vise à comprendre comment les individus donnent sens à leur vécu, en articulant une attention au contenu de l'expérience subjective et un travail interprétatif sur les processus de signification.
L'analyse suivra une logique idiographique, centrée sur l'examen détaillé de chaque cas avant toute mise en perspective transversale. Elle permettra d'identifier les thèmes émergents dans les récits parentaux, ainsi que les modalités narratives à travers lesquelles s'élaborent les expériences de décision médicale, d'incertitude et de parentalité en contexte néonatal.
Seront également analysés les dynamiques de mise en récit, les tensions, les discontinuités et les processus de symbolisation mobilisés par les parents. Le travail d'analyse s'inscrira dans une perspective herméneutique, impliquant une réflexivité du chercheur quant à son positionnement et aux effets de son implication dans l'interprétation des données.
Le profil recherché
Le/la candidat.e devra être titulaire d'un Master 2 en psychologie clinique et psychopathologique, avec un intérêt marqué pour les approches transculturelles et les problématiques liées à la périnatalité, au trauma et aux dispositifs de soin.
Une initiation à la recherche qualitative en psychologie clinique est requise, en particulier une familiarité avec l'Analyse Phénoménologique Interprétative (IPA) (construction d'entretiens semi-directifs, conduite d'entretien, analyse de données qualitatives). Une première expérience de recherche attestée, idéalement par au moins une publication ou une communication scientifique, est attendue.
Au-delà de ces prérequis, le projet nécessite les compétences suivantes :
- Compétences cliniques : capacité à mener des entretiens auprès de parents en situation de vulnérabilité, à soutenir un cadre d'écoute contenant et à repérer les enjeux psychiques liés au trauma, à l'incertitude vitale et à la parentalité en contexte néonatal.
- Capacités réflexives et positionnement clinique : aptitude à élaborer son implication dans la recherche, à interroger les résonances contre-transférentielles et à maintenir une rigueur dans le travail d'interprétation.
- Compétences analytiques et rédactionnelles : capacité à conduire une analyse qualitative approfondie, à articuler matériaux empiriques et cadres théoriques, et à produire des écrits scientifiques structurés et argumentés.
- Sensibilité aux enjeux transculturels : intérêt pour les dimensions culturelles de l'expérience de soin, capacité à adopter une posture de décentrage et à prendre en compte la diversité des représentations de la naissance, de la prématurité et de la parentalité.
- Aptitudes au travail interdisciplinaire et institutionnel : capacité à s'inscrire dans un environnement hospitalier (maternité, néonatologie), à collaborer avec des équipes pluridisciplinaires (médecins, sages-femmes, soignants), et à articuler les dimensions cliniques, médicales et institutionnelles.
- Autonomie et engagement dans le projet doctoral : capacité à mener un travail de recherche sur la durée, à s'organiser de manière autonome, tout en s'inscrivant dans une dynamique collective de recherche.